N°7 / Démocraties en Transition

Quelles  recherches  pour  promouvoir le Bien Vivre ?

Cadrage et propositions dans les contextes ruraux et agricoles du Sud global

Stefano FAROLFI, Sylvain PERRET

Abstract

Le Bien Vivre a été défini comme l’ensemble des bonnes pratiques et des principes qui, plaçant au centre la personne dans sa relation avec les autres, inspire une société fondée sur des valeurs telles que le bien commun et la durabilité. Nous discutons du rôle que la recherche agronomique pour le développement joue dans la création des conditions pour la réalisation du Bien Vivre dans les populations du Sud global. Nous proposons un cadre analytique où les systèmes alimentaires sont au centre de la création des préconditions pour les biens relationnels, le capital social et le bien-être individuel, qui sont des composantes essentielles du Bien Vivre. La recherche agronomique pour le développement favorise l'amélioration des systèmes alimentaires, et vise donc à améliorer les conditions pour la production des biens relationnels. Dans certains cas, elle affecte aussi directement le capital social et le bien-être individuel. En utilisant une méthodologie d'évaluation spécifique (IMPRESS), nous présentons trois projets de recherche et de développement agricoles très différents dans le Sud global, pour montrer à quel point les impacts de la recherche agronomique pour le développement peuvent être diversifiés, et de quelle manière ils répondent aux Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies qui représentent des cibles opérationnelles pour la création de meilleures conditions de vie et au final pour la réalisation du Bien Vivre.

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<h2><strong>Quelles recherches pour promouvoir le Bien Vivre ?</strong></h2> <h3 style="margin-bottom: 11px;">Cadrage et propositions&nbsp;dans les contextes ruraux et agricoles du Sud global</h3> <p>&nbsp;</p> <p>Stefano Farolfi<strong><a href="#_ftn1" name="_ftnref1" title=""><span style="color:#2980b9;">[1]</span></a></strong>&nbsp;et Sylvain Perret<strong><a href="#_ftn2" name="_ftnref2" title=""><span style="color:#2980b9;">[2]</span></a></strong>, CIRAD, UMR G-Eau, Universit&eacute; de Montpellier</p> <p>Le Bien Vivre a &eacute;t&eacute; d&eacute;fini comme l&rsquo;ensemble des bonnes pratiques et des principes qui, pla&ccedil;ant au centre la personne dans sa relation avec les autres, inspire une soci&eacute;t&eacute; fond&eacute;e sur&nbsp;des valeurs telles que le bien commun et la durabilit&eacute;. Nous discutons du r&ocirc;le que la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement joue dans la cr&eacute;ation des conditions pour la r&eacute;alisation du Bien Vivre dans les populations du Sud global. Nous proposons un cadre analytique o&ugrave; les syst&egrave;mes alimentaires sont au centre de la cr&eacute;ation des pr&eacute;conditions pour les biens relationnels, le capital social et le bien-&ecirc;tre individuel, qui sont des composantes essentielles du Bien Vivre. La recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement favorise l&#39;am&eacute;lioration des syst&egrave;mes alimentaires, et vise donc &agrave; am&eacute;liorer les conditions pour la production des biens relationnels. Dans certains cas, elle affecte aussi directement le capital social et le bien-&ecirc;tre individuel.</p> <p>En utilisant une m&eacute;thodologie d&#39;&eacute;valuation sp&eacute;cifique (IMPRESS), nous pr&eacute;sentons trois projets de recherche et de d&eacute;veloppement agricoles tr&egrave;s diff&eacute;rents dans le Sud global, pour montrer &agrave; quel point les impacts de la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement peuvent &ecirc;tre diversifi&eacute;s, et de quelle mani&egrave;re ils r&eacute;pondent aux Objectifs de D&eacute;veloppement Durable (ODD) des Nations Unies qui repr&eacute;sentent des cibles op&eacute;rationnelles pour la cr&eacute;ation de meilleures conditions de vie et au final pour la r&eacute;alisation du Bien Vivre.</p> <h3><strong>1. Introduction et cadrage</strong></h3> <p>Nous vivons une &eacute;poque de grandes transformations et crises sociales, politiques, &eacute;cologiques. Dans cette &eacute;poque, &laquo;&nbsp;notre capacit&eacute; de faire est &eacute;norm&eacute;ment sup&eacute;rieure &agrave; notre capacit&eacute; de pr&eacute;voir les effets de notre faire&nbsp;&raquo; (Galimberti, 2023). Cette condition comporte une grande incertitude sur la viabilit&eacute; de nos pratiques &eacute;conomiques et donne &agrave; l&rsquo;humanit&eacute; le triste statut de premi&egrave;re esp&egrave;ce &agrave; &ecirc;tre &lsquo;force g&eacute;ophysique&rsquo; sur la plan&egrave;te Terre (Wilson, 2008).&nbsp;</p> <p>Dans cette situation, de nouvelles &eacute;thiques proposent une mutation radicale du paradigme qui a gouvern&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent l&rsquo;id&eacute;e de d&eacute;veloppement et la relation des soci&eacute;t&eacute;s avec la nature et entre elles.&nbsp;</p> <p>Ainsi, l&rsquo;&eacute;thique du &laquo;&nbsp;Care&nbsp;&raquo; (Gilligan, 1982), l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;&laquo;&nbsp;habiter la terre&nbsp;&raquo; (Latour, 2022), l&rsquo;&laquo;&nbsp;&eacute;thique du randonneur&nbsp;&raquo; (Galimberti, 2023), parmi d&rsquo;autres, &eacute;mergent comme visions alternatives &agrave; l&rsquo;anthropocentrisme qui encore domine la soci&eacute;t&eacute; occidentale. Ces &eacute;thiques sont bas&eacute;es sur l&rsquo;importance des relations au sein des communaut&eacute;s, du soin des autres et des actifs environnementaux, du r&ocirc;le fondamental des biens communs.&nbsp;</p> <p>Parmi ces &eacute;thiques, le Bien Vivre (Fantini&nbsp;<em>et</em> <em>al.</em>,&nbsp;2022) est d&eacute;fini comme &laquo; l&rsquo;ensemble des bonnes pratiques et des principes qui, pla&ccedil;ant au centre la personne dans sa relation avec les autres, inspire une soci&eacute;t&eacute; fond&eacute;e sur des valeurs telles le bien commun, l&rsquo;&eacute;quit&eacute; et l&rsquo;&eacute;galit&eacute;, l&rsquo;&eacute;conomie &eacute;thique, l&rsquo;&#39;innovation responsable et la durabilit&eacute;&nbsp;&raquo;.&nbsp;</p> <p>Les auteurs de cet article ont contribu&eacute; &agrave; l&rsquo;ouvrage collectif (Fantini&nbsp;<em>et al</em>., 2022) qui d&eacute;finit le concept de Bien Vivre et propose des cas concrets de sa r&eacute;alisation. Le texte qui suit reprend en partie la r&eacute;flexion autour du r&ocirc;le de la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement afin de cr&eacute;er les conditions pour la r&eacute;alisation du Bien Vivre, notamment dans les communaut&eacute;s du Sud global (Farolfi, Perret, 2022).</p> <p>Il est important de souligner ici que Bien Vivre et bien-&ecirc;tre sont deux concepts distincts et que le deuxi&egrave;me, &eacute;tant un &eacute;tat de la personne, est un facteur, une condition pr&eacute;alable, &agrave; la r&eacute;alisation du premier, qui est une &eacute;thique guidant son comportement.&nbsp;</p> <p>Les facteurs et les conditions permettant une transition radicale et durable vers un paradigme comme le Bien Vivre, alternatif &agrave; l&rsquo;anthropocentrisme, ont suscit&eacute; au cours des trente derni&egrave;res ann&eacute;es un int&eacute;r&ecirc;t croissant tant de la part de la soci&eacute;t&eacute; civile que de la communaut&eacute; scientifique. En 2015, l&#39;Agenda 2030 pour le d&eacute;veloppement durable des Nations Unies (ONU 2015) a pos&eacute; 17 Objectifs de D&eacute;veloppement Durable (ODD). Bien qu&#39;ils ne mentionnent pas explicitement le changement de paradigme, ils d&eacute;finissent les bases et les conditions pour sa r&eacute;alisation&nbsp;: r&eacute;duction de la pauvret&eacute;, s&eacute;curit&eacute; alimentaire, acc&egrave;s &agrave; l&#39;eau et &agrave; l&#39;assainissement, d&eacute;veloppement &eacute;quitable et inclusif, r&eacute;duction des in&eacute;galit&eacute;s et environnement sain. Les ODD appellent explicitement aux efforts de recherche pour favoriser la r&eacute;alisation de ces conditions (Filho&nbsp;<em>et al</em>.,, 2018 ; Vivien, 2013).</p> <p>N&eacute;anmoins, pour induire une transition &eacute;thique dans une soci&eacute;t&eacute;, l&rsquo;am&eacute;lioration des conditions de vie mat&eacute;rielles ne suffit pas.&nbsp;&nbsp;Un changement culturel est n&eacute;cessaire&nbsp;; il est aliment&eacute;&nbsp;entre autres par le&nbsp;niveau d&rsquo;&eacute;ducation et par les interactions parmi les membres de la soci&eacute;t&eacute;.&nbsp;&nbsp;En &eacute;conomie, les biens relationnels (Gui, Stanca, 2010) repr&eacute;sentent les b&eacute;n&eacute;fices &eacute;mergeant des relations entre les membres d&#39;une soci&eacute;t&eacute; pour l&rsquo;am&eacute;lioration du bien-&ecirc;tre individuel. Les biens relationnels sont &eacute;galement &agrave; l&#39;origine du capital social (Putnam, 1993), largement reconnu par les &eacute;conomistes comme un catalyseur de l&#39;action collective et du d&eacute;veloppement (Dhesi, 2000).</p> <p>Si les biens relationnels sont donc &agrave; l&rsquo;origine du bien-&ecirc;tre individuel et de la cr&eacute;ation de capital social, leur production est facilit&eacute;e par des bonnes conditions de vie mat&eacute;rielles telles que les niveaux nutritionnels et de sant&eacute;, la durabilit&eacute; environnementale, etc. On peut ainsi identifier une cha&icirc;ne vertueuse de conditions conduisant au Bien Vivre comme &eacute;thique alternative &agrave; l&rsquo;anthropocentrisme dominant. Cette cha&icirc;ne commence par les conditions mat&eacute;rielles de vie et continue avec la production de biens relationnels n&eacute;cessaires pour augmenter le bien-&ecirc;tre individuel et le capital social.&nbsp;</p> <p>L&#39;agriculture et les syst&egrave;mes alimentaires sont essentiels au d&eacute;veloppement durable (Caron&nbsp;<em>et al</em>.,, 2018 ; FAO 2018 ; Dury&nbsp;<em>et al</em>.,,&nbsp;2019), et jouent un r&ocirc;le central dans les pays situ&eacute;s dans le Sud global en raison de la pr&eacute;dominance des populations rurales et de l&#39;agriculture en tant que secteur &eacute;conomique. Ces syst&egrave;mes contribuent de mani&egrave;re cruciale &agrave; la r&eacute;alisation des conditions pr&eacute;alables &agrave; la r&eacute;alisation d&rsquo;un changement d&rsquo;&eacute;thique dans une soci&eacute;t&eacute;, comme dans le cas de l&rsquo;adoption du Bien Vivre.&nbsp;</p> <p>Dans cet article, apr&egrave;s avoir propos&eacute; un cadre analytique pour montrer les interconnexions entre recherche, d&eacute;veloppement, syst&egrave;mes agricoles et alimentaires, bien-&ecirc;tre individuel, capital social et Bien Vivre, nous illustrons, &agrave; travers des cas concrets, comment la recherche agronomique appliqu&eacute;e pour le d&eacute;veloppement peut cr&eacute;er les conditions&nbsp;pour&nbsp;la r&eacute;alisation du Bien Vivre.&nbsp;&nbsp;Nous discutons ensuite de la n&eacute;cessit&eacute; d&#39;une nouvelle approche pour &eacute;valuer l&#39;impact de la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement, et concluons avec quelques consid&eacute;rations sur le r&ocirc;le de la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement dans les soci&eacute;t&eacute;s en transition, notamment dans le Sud global.</p> <h3><strong>2. Favoriser les piliers du Bien Vivre</strong></h3> <p>Selon l&#39;indicateur du Bien-&ecirc;tre &Eacute;quitable et Soutenable (BES) (ISTAT 2013-2020), la plupart des douze facteurs influen&ccedil;ant les conditions de vie humaines peuvent &ecirc;tre directement influenc&eacute;s par les politiques et initiatives de d&eacute;veloppement externes, telles que les projets de d&eacute;veloppement (Figure 1). Ces facteurs sont la sant&eacute;, l&#39;environnement, l&#39;innovation, la cr&eacute;ativit&eacute; et la recherche-d&eacute;veloppement (R&amp;D), le travail, les conditions &eacute;conomiques, l&#39;&eacute;ducation, la s&eacute;curit&eacute;, la gouvernance et les institutions, le paysage et le patrimoine culturel, ainsi que les services. D&#39;autres facteurs, en revanche, d&eacute;pendent uniquement des relations interpersonnelles (relations sociales selon le BES) entre les individus d&#39;une communaut&eacute;. Ils constituent les biens relationnels discut&eacute;s dans la section suivante et sont cruciaux pour d&eacute;velopper le capital social (Putnam, 1993), et, finalement, pour augmenter le niveau de bonheur (mesur&eacute; par le bien-&ecirc;tre individuel/subjectif dans le BES) au sein d&#39;une soci&eacute;t&eacute; (Bruni, 2005 ; Gui, Stanca, 2010). La r&eacute;alisation d&rsquo;une &eacute;thique comportementale comme le Bien Vivre, mettant l&rsquo;Autre et le bien commun au centre, ne peut se faire que dans une soci&eacute;t&eacute; o&ugrave; le capital social et le bien-&ecirc;tre individuel sont cons&eacute;quents, car ces derniers repr&eacute;sentent les &eacute;l&eacute;ments constitutifs m&ecirc;mes du paradigme du Bien Vivre (Fantini&nbsp;<em>et al</em>.,,&nbsp;2022).&nbsp;&nbsp;</p> <p>Les facteurs directement impact&eacute;s par les politiques de d&eacute;veloppement peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des conditions pr&eacute;alables &agrave; la production de biens relationnels (Attanasio&nbsp;<em>et al</em>.,,&nbsp;2015 ; Pronyk&nbsp;<em>et al</em>.,,&nbsp;2008 ; Avdeenko, Gilligan, 2014). Les ODD des Nations Unies visent &agrave; am&eacute;liorer ces conditions pr&eacute;alables.&nbsp;</p> <p>Les projets de d&eacute;veloppement ont donc principalement des effets indirects sur le capital social, le bien-&ecirc;tre individuel, et,&nbsp;in fine,&nbsp;sur le&nbsp;Bien Vivre, en favorisant les conditions pr&eacute;alables qui augmentent la quantit&eacute; et la qualit&eacute; des interactions sociales (biens relationnels) qui renforcent la confiance entre individus et donc leur propension &agrave; coop&eacute;rer (Ostrom, Ahn, 2009).&nbsp;</p> <p>Dans certains cas, les projets de d&eacute;veloppement peuvent &eacute;galement avoir des effets directs sur le capital social et le bien-&ecirc;tre subjectif des soci&eacute;t&eacute;s. C&#39;est le cas lorsque ces projets sont men&eacute;s dans le but d&#39;am&eacute;liorer le renforcement des capacit&eacute;s, l&#39;autonomisation, la libert&eacute;, la cr&eacute;ativit&eacute; et la confiance des b&eacute;n&eacute;ficiaires. Les fl&egrave;ches en pointill&eacute; de la Figure 1 repr&eacute;sentent ces effets potentiels.</p> <p>L&#39;augmentation du capital social et du bien-&ecirc;tre individuel permet la r&eacute;alisation du Bien Vivre, qui, en tant qu&rsquo;&eacute;thique du comportement, engendre des r&eacute;troactions vertueuses qui am&eacute;liorent de mani&egrave;re endog&egrave;ne les conditions pr&eacute;alables &agrave; de meilleures conditions de vie. Une communaut&eacute; plus heureuse et plus coop&eacute;rative peut g&eacute;n&eacute;rer de mani&egrave;re autonome de nouvelles r&egrave;gles et un meilleur syst&egrave;me de gouvernance pour produire et g&eacute;rer des facteurs tels que la production alimentaire, la sant&eacute; et l&#39;utilisation durable des ressources.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_662_13_image 1 farolfi.png" style="width: 1200px; height: 634px;" /></p> <p>Fig. 1. Recherche, projets de d&eacute;veloppement et leurs impacts sur le Bien Vivre (Source: Farolfi, Perret, 2022). Ces r&eacute;troactions, repr&eacute;sent&eacute;es par les fl&egrave;ches descendantes de la Figure 1, sont en fin de compte &agrave; la base du d&eacute;veloppement durable.</p> <p><strong>Biens relationnels, capital social et bien-&ecirc;tre individuel : les briques du Bien Vivre et du d&eacute;veloppement</strong></p> <p>En &eacute;conomie, les facteurs non propres au march&eacute; et les variables psychologiques sont consid&eacute;r&eacute;s importants pour influencer le comportement et la rationalit&eacute; des agents &eacute;conomiques. L&#39;aspect interpersonnel des interactions &eacute;conomiques (Gui, Stanca, 2010) est l&#39;un de ces facteurs et comprend des &eacute;l&eacute;ments tels que l&#39;engagement social, la reconnaissance, les biens socio-&eacute;motionnels et les liens sociaux. Les biens relationnels (Uhlaner, 1989 ; Bruni, 2005 ; 2008) naissent des relations interpersonnelles, en fonction des personnes impliqu&eacute;es (personnalisation) et de ce qu&#39;elles font, pr&eacute;f&egrave;rent et ressentent. Par cons&eacute;quent, ces biens relationnels sont simultan&eacute;ment cr&eacute;&eacute;s et consomm&eacute;s par les parties en interaction.</p> <p>En &eacute;conomie, les relations interpersonnelles sont presque exclusivement &eacute;tudi&eacute;es comme l&#39;un des &eacute;l&eacute;ments constitutifs du capital social (Putnam, 1993), contrairement aux sciences sociales appliqu&eacute;es, telles que la psychologie (Kahneman&nbsp;<em>et al</em>.,,&nbsp;2004), o&ugrave; ces relations sont au centre de la r&eacute;flexion. Le capital social est d&eacute;fini par Putnam (1993) comme l&rsquo;ensemble des &laquo;&nbsp;caract&eacute;ristiques de l&#39;organisation sociale telles que les r&eacute;seaux, les normes et la confiance qui facilitent la coordination et la coop&eacute;ration pour un b&eacute;n&eacute;fice mutuel&nbsp;&raquo;, et est consid&eacute;r&eacute; en &eacute;conomie comme une condition pr&eacute;alable &agrave; l&#39;am&eacute;lioration de l&#39;efficacit&eacute; du syst&egrave;me &eacute;conomique &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;chelles, en particulier &agrave; l&#39;&eacute;chelle locale. Les &eacute;l&eacute;ments du capital social cit&eacute;s par Putnam sont consid&eacute;r&eacute;s comme des facteurs cl&eacute;s pour am&eacute;liorer le niveau de coop&eacute;ration entre les personnes et leur capacit&eacute; &agrave; &eacute;tablir les conditions d&#39;un d&eacute;veloppement durable et d&#39;une am&eacute;lioration des moyens de subsistance de tous les membres d&#39;une soci&eacute;t&eacute;.</p> <p>Les biens relationnels exercent une grande influence sur la cr&eacute;ation du capital social (Bruni, 2005 ; Gui, 2002). Gui (2002) indique que dans toutes les interactions sociales, y compris les transactions &eacute;conomiques, outre les r&eacute;sultats traditionnels tels que la r&eacute;alisation d&#39;une transaction ou la fourniture d&#39;un service, d&#39;autres r&eacute;sultats intangibles et de nature relationnelle sont &eacute;galement produits. Ces r&eacute;sultats se traduisent par une modification du capital humain et social des sujets qui interagissent.</p> <p>Ostrom et Ahn (2009) soulignent que le capital social contribue &agrave; la r&eacute;ussite de l&#39;action collective, notamment en renfor&ccedil;ant la confiance entre les acteurs sociaux.&nbsp;</p> <p>Certains &eacute;l&eacute;ments constitutifs du capital social sont identifiables dans l&#39;&laquo;&nbsp;&eacute;tat social&nbsp;&raquo;, indiqu&eacute; par Tocqueville comme un facteur cl&eacute; de la d&eacute;mocratie (Tocqueville, 1835). La pr&eacute;sence de ces &eacute;l&eacute;ments est &eacute;galement identifi&eacute;e comme une condition pour &eacute;radiquer l&#39;&laquo;&nbsp;accommodation&nbsp;&raquo;, qui est l&#39;une des principales causes de la pauvret&eacute; de masse selon Galbraith (1979).</p> <p>Plus r&eacute;cemment, certains auteurs (Bruni, Stanca, 2008 ; Becchetti, Ricca, Pelloni, 2009) ont &eacute;tudi&eacute; empiriquement la relation entre les biens relationnels et le bonheur ou bien-&ecirc;tre individuel, en appliquant des mod&egrave;les empiriques pour tester les hypoth&egrave;ses formul&eacute;es initialement par Easterlin (1974), selon lesquelles, bien que de meilleures conditions &eacute;conomiques soient g&eacute;n&eacute;ralement associ&eacute;es &agrave; un bien-&ecirc;tre social plus &eacute;lev&eacute; chez les individus et dans les pays, le bonheur n&#39;augmente pas avec le revenu au fil du temps. Ces &eacute;tudes expliquent ce fait par le lien de causalit&eacute; entre les conditions mat&eacute;rielles et relationnelles (Diwan, 2000). Bruni et Stanca (2008) quantifient statistiquement l&#39;effet de la participation active &agrave; des organisations b&eacute;n&eacute;voles sur le bien-&ecirc;tre individuel, tandis que Becchetti&nbsp;<em>et al.</em>,&nbsp;(2009) constatent que les biens relationnels ont un effet positif important et significatif sur le degr&eacute; de satisfaction individuel.</p> <p>Les biens relationnels sont donc essentiels pour l&#39;am&eacute;lioration du bien-&ecirc;tre individuel et du capital social, qui sont des briques essentielles du Bien Vivre. Et ceci est vrai tant dans les pays &agrave; revenus &eacute;lev&eacute;s que dans les pays &agrave; revenus faibles &agrave; interm&eacute;diaires. Ces biens n&eacute;cessitent des conditions pr&eacute;alables pour &ecirc;tre produits. En fait, une soci&eacute;t&eacute; qui ne dispose pas de niveaux suffisants de nourriture, de soins de sant&eacute; et de gestion des ressources naturelles ne disposera pas d&#39;un environnement appropri&eacute; pour la mise en &oelig;uvre des relations interpersonnelles et des interactions qui produisent les biens relationnels. Les conditions pr&eacute;alables &agrave; la production de biens relationnels sont souvent pr&eacute;sentes dans les pays de l&#39;OCDE, alors qu&#39;elles repr&eacute;sentent encore un d&eacute;fi dans les pays moins avanc&eacute;s. Les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires jouent un r&ocirc;le crucial dans ces pays pour la cr&eacute;ation de ces conditions pr&eacute;alables, comme nous l&#39;expliquerons dans la section suivante.</p> <h3><strong>3. L&#39;importance des syst&egrave;mes agricoles et alimentaires pour l&rsquo;am&eacute;lioration des conditions de vie et pour le Bien Vivre</strong></h3> <p>Le bien-&ecirc;tre et le Bien Vivre qui peuvent en d&eacute;couler sont des concepts &eacute;troitement li&eacute;s au &laquo;&nbsp;d&eacute;veloppement&nbsp;&raquo;, qui comprend des dimensions physiques, sociales et psychologiques pour les &ecirc;tres humains (Baeck, 1993). Il convient d&#39;examiner ici les sp&eacute;cificit&eacute;s des besoins de d&eacute;veloppement dans les pays &agrave; revenus faibles &agrave; interm&eacute;diaires du Sud global, par rapport &agrave; la sph&egrave;re de l&#39;OCDE.&nbsp;</p> <p>Toutes les soci&eacute;t&eacute;s humaines cherchent en effet &agrave; accro&icirc;tre le bien-&ecirc;tre de leur population par le biais de la croissance &eacute;conomique, de cadres institutionnels favorables, de relations sociales saines, de syst&egrave;mes de sant&eacute; pertinents, d&#39;un statut et d&#39;une reconnaissance individuels et collectifs, d&#39;environnements naturels et anthropog&eacute;niques de qualit&eacute;, de la s&eacute;curit&eacute; physique, ainsi que d&#39;autres &eacute;l&eacute;ments. Une sp&eacute;cificit&eacute; durable des pays moins avanc&eacute;s (principalement tropicaux et subtropicaux) est qu&#39;une telle entreprise d&eacute;pend encore largement de la production primaire de biomasse (agriculture, sylviculture, p&ecirc;che), qui reste un secteur socio-&eacute;conomique majeur. En effet, 45 % de la population mondiale est rurale, dont 90 % en Afrique. Globalement, 60 % de cette population rurale tire ses activit&eacute;s, ses emplois, ses revenus et son statut de l&#39;agriculture. Ce chiffre atteint 70 &agrave; 90 % en Afrique et en Asie (FAO 2012 ; OCDE-FAO 2019). L&#39;agriculture et les syst&egrave;mes alimentaires jouent un r&ocirc;le cl&eacute; dans le bien-&ecirc;tre des personnes, le bien-&ecirc;tre familial et les bonnes conditions de vie, car ils r&eacute;pondent &agrave; la plupart des besoins humains fondamentaux, &agrave; savoir la nourriture, le logement, l&#39;environnement familial, la s&eacute;curit&eacute;, les r&eacute;seaux sociaux, les emplois, les revenus, le statut, la reconnaissance, etc. Dans les pays d&eacute;velopp&eacute;s, ces besoins fondamentaux sont souvent consid&eacute;r&eacute;s comme acquis (par le biais des syst&egrave;mes d&#39;aide sociale de l&#39;&Eacute;tat), ou satisfaits par des secteurs non agricoles, ou remplac&eacute;s par de nombreux autres besoins secondaires qui sont satisfaits par un consum&eacute;risme omnipr&eacute;sent (Khoshkish, 1994).</p> <p>Les syst&egrave;mes alimentaires<strong><a href="#_ftn3" name="_ftnref3" title=""><span style="color:#2980b9;">[3]</span></a></strong>&nbsp;, d&eacute;finis par le HLPE (2014) comme &laquo;&nbsp;tous les &eacute;l&eacute;ments (personnes, intrants, processus, infrastructures, institutions, etc.) et activit&eacute;s&nbsp;li&eacute;s&nbsp;&agrave; la production, &agrave; la transformation, &agrave; la distribution, &agrave; la pr&eacute;paration et &agrave; la consommation de denr&eacute;es alimentaires, ainsi que le r&eacute;sultat de ces activit&eacute;s&nbsp;&raquo;, repr&eacute;sentent une composante essentielle du d&eacute;veloppement durable. &laquo;&nbsp;Le d&eacute;veloppement durable des populations du monde et de leur plan&egrave;te n&#39;est possible que si toutes les personnes b&eacute;n&eacute;ficient de la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et sont bien nourries, si tous les &eacute;cosyst&egrave;mes sont sains et &eacute;quilibr&eacute;s, si les soci&eacute;t&eacute;s sont r&eacute;silientes face aux menaces pos&eacute;es par le changement climatique et si la gouvernance des b&eacute;n&eacute;fices du d&eacute;veloppement est juste et &eacute;quitable&nbsp;&raquo; (Caron&nbsp;<em>et al</em>.,, 2018).</p> <p>Le bien-&ecirc;tre des soci&eacute;t&eacute;s et la possibilit&eacute; qu&rsquo;elles empruntent la voie du Bien Vivre sont inextricablement li&eacute;s &agrave; ces facteurs, qui peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;s comme des conditions pr&eacute;alables &agrave; la production de biens relationnels (Bruni, 2005) et, en fin de compte, &agrave; l&#39;am&eacute;lioration des capacit&eacute;s qui, selon Sen (1985 ; 1999), conduisent les &ecirc;tres humains &agrave; un niveau de libert&eacute; plus &eacute;lev&eacute;, et donc &agrave; un plus grand bonheur. Sen (1982) souligne que la s&eacute;curit&eacute; alimentaire est une question d&#39;acc&egrave;s aux moyens de produire ou d&#39;acheter de la nourriture et pas seulement une question de production suffisante.</p> <p>L&#39;Organisation des Nations unies pour l&#39;alimentation et l&#39;agriculture (FAO) a publi&eacute; en 2018 un rapport intitul&eacute;&nbsp;<em>Transforming food and agriculture to achieve the SDG</em>&nbsp;(FAO 2018). La m&ecirc;me ann&eacute;e, Caron et al (2018) ont propos&eacute; une voie de transformation en quatre parties pour les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires qui les alignent sur les 17 ODD pos&eacute;s par les Nations Unies (ONU, 2015). En suivant cette voie, les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires devraient : 1) permettre &agrave; tous de b&eacute;n&eacute;ficier d&#39;une alimentation nutritive et saine, 2) proposer une production agricole et des cha&icirc;nes de valeur alimentaires durables, 3) att&eacute;nuer le changement climatique et renforcer la r&eacute;silience, et 4) encourager une renaissance des territoires ruraux. Bricas (2019) repr&eacute;sente les syst&egrave;mes alimentaires comme un processus circulaire o&ugrave; les diff&eacute;rentes activit&eacute;s (production, agr&eacute;gation, transport, stockage, transformation, consommation, gestion des d&eacute;chets et des ressources) sont en &eacute;troite relation entre elles et avec l&#39;environnement, d&#39;o&ugrave; elles tirent des ressources naturelles et de l&#39;&eacute;nergie, et o&ugrave; elles &eacute;liminent les d&eacute;chets et les sous-produits. Outre l&#39;alimentation, les syst&egrave;mes alimentaires produisent des r&eacute;sultats socio-&eacute;conomiques et environnementaux. Les syst&egrave;mes alimentaires contribuent &agrave; quatorze des dix-sept ODD, qui peuvent &ecirc;tre regroup&eacute;s en trois objectifs principaux : la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et la nutrition, le d&eacute;veloppement inclusif, et un environnement viable et l&#39;att&eacute;nuation du changement climatique.</p> <p>En m&ecirc;me temps, les syst&egrave;mes alimentaires sont affect&eacute;s par six cat&eacute;gories de facteurs (drivers) (biophysiques et environnementaux, d&eacute;mographiques, innovation-technologie et infrastructures, &eacute;conomiques et socioculturels). Ces facteurs peuvent &ecirc;tre impact&eacute;s &agrave; diff&eacute;rents niveaux et influenc&eacute;s par les projets de recherche et de d&eacute;veloppement, en particulier lorsque la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement est impliqu&eacute;e (Bendjebbar, Bricas, 2019).</p> <p>Le cadre mobilis&eacute; pour expliquer comment les projets de recherche et d&eacute;veloppement cr&eacute;ent les conditions pr&eacute;alables &agrave; la production de biens relationnels, et donc de capital social et de bien-&ecirc;tre dans les soci&eacute;t&eacute;s, peut alors &ecirc;tre adapt&eacute; aux syst&egrave;mes alimentaires (Figure 2), notamment du fait de leur pr&eacute;gnance dans le Sud global.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_662_13_image 2 farolfi.png" style="width: 1200px; height: 693px;" /></p> <p>Fig. 2. Recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement, syst&egrave;mes alimentaires et Bien Vivre (Source: Farolfi, Perret, 2022)</p> <p>Un programme de recherche agronomique peut favoriser la mise en &oelig;uvre d&#39;un ou plusieurs projets de d&eacute;veloppement, qui ont des impacts directs sur un ou plusieurs facteurs affectant les syst&egrave;mes alimentaires.</p> <p>Par exemple, un projet promouvant les&nbsp;pratiques agro&eacute;cologiques&nbsp;par le biais d&#39;une meilleure gouvernance des associations locales de petits agriculteurs affectera les facteurs biophysiques en r&eacute;duisant l&#39;utilisation d&#39;engrais et en adoptant des techniques &eacute;conomes en eau, mais il affectera &eacute;galement les facteurs &eacute;conomiques et politiques, puisque la production sera am&eacute;lior&eacute;e et qu&#39;une meilleure gouvernance renforcera la capacit&eacute; de d&eacute;cision et d&#39;&eacute;laboration des politiques au niveau local<a href="#_ftn4" name="_ftnref4" title=""><span style="color:#2980b9;">[4]</span></a>. Le syst&egrave;me alimentaire aura alors un impact positif et ses trois fonctions principales (objectifs) produiront les conditions pr&eacute;alables &agrave; l&#39;am&eacute;lioration des conditions de vie de la soci&eacute;t&eacute; b&eacute;n&eacute;ficiaire des projets. Ces objectifs sont la s&eacute;curit&eacute; alimentaire et nutritionnelle (et l&#39;am&eacute;lioration de la sant&eacute; qui en d&eacute;coule), la viabilit&eacute; de l&#39;environnement et l&#39;att&eacute;nuation du changement climatique (par une meilleure utilisation des ressources naturelles, y compris l&#39;eau et le sol) et le d&eacute;veloppement inclusif (par la promotion des petits exploitants agricoles au lieu de l&#39;agriculture industrielle).&nbsp;</p> <p>Ces trois fonctions des syst&egrave;mes alimentaires am&eacute;liorent directement les conditions de vie de la soci&eacute;t&eacute;, mais surtout, elles cr&eacute;ent les conditions pr&eacute;alables pour favoriser les interactions humaines au sein de la soci&eacute;t&eacute;, en cr&eacute;ant des biens relationnels et, en fin de compte, en cr&eacute;ant du capital social et plus de bien-&ecirc;tre individuel. Le capital social renforcera la confiance, la coop&eacute;ration, l&#39;altruisme entre les membres de la soci&eacute;t&eacute;, et le bien-&ecirc;tre subjectif diffus ainsi que le bonheur peuvent accro&icirc;tre le niveau de satisfaction, le sentiment d&#39;appartenance, la conscience de l&#39;importance de pr&eacute;server l&#39;environnement. Ces facteurs sont &agrave; la base de la possibilit&eacute; de r&eacute;aliser un vrai changement de paradigme &eacute;thique au sein de la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;: le Bien Vivre repr&eacute;sente cette transition. Ce dernier aura des effets de r&eacute;troaction positifs sur tous les facteurs affectant les syst&egrave;mes alimentaires, et plus particuli&egrave;rement sur&nbsp;ceux de la sph&egrave;re socioculturelle. Ces r&eacute;troactions produisent un cycle vertueux, qui est &agrave; l&#39;origine d&#39;un bien-&ecirc;tre accru, ainsi que d&#39;un d&eacute;veloppement durable.</p> <p>Dans les prochaines sections, apr&egrave;s&nbsp;une r&eacute;flexion sur l&#39;&eacute;volution de la recherche agronomique pour r&eacute;pondre aux nouveaux d&eacute;fis des syst&egrave;mes alimentaires, nous illustrons trois projets de recherche appliqu&eacute;e. &Agrave; travers ces projets, le CIRAD et ses partenaires mettent en pratique &agrave; la fois la transformation en quatre parties propos&eacute;es par Caron&nbsp;<em>et al</em>. (2018) et les trois fonctions/objectifs des syst&egrave;mes agricoles et alimentaires indiqu&eacute;s par Bricas (2019), afin d&#39;atteindre les ODD des Nations Unies.</p> <h3><strong>4.&nbsp;&nbsp;La recherche agronomique pour am&eacute;liorer les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires et pour promouvoir le Bien Vivre</strong></h3> <p>La recherche agronomique est une cr&eacute;ation du XIXe si&egrave;cle et a &eacute;volu&eacute; au cours du dernier si&egrave;cle pour r&eacute;pondre aux nouveaux besoins et paradigmes de la soci&eacute;t&eacute;. Le CIRAD, principal institut fran&ccedil;ais de recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement, a &eacute;t&eacute; un acteur central de cette &eacute;volution (Blundo-Canto&nbsp;<em>et al.</em>,&nbsp;2022). De l&#39;approche positiviste visant &agrave; la croissance de la productivit&eacute; et dominant la sc&egrave;ne jusqu&#39;aux ann&eacute;es 1970, la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement a progressivement &eacute;volu&eacute; vers une approche constructiviste, caract&eacute;risant le paradigme post-normal (Funtowicz, Ravetz, 1993). Des m&eacute;thodes telles que la mod&eacute;lisation des syst&egrave;mes complexes, les processus participatifs, l&#39;analyse multicrit&egrave;re, les observatoires territoriaux et les laboratoires vivants sont couramment adopt&eacute;s dans les approches de science post-normale propos&eacute;es au cours des vingt derni&egrave;res ann&eacute;es.</p> <p>Par exemple, le CIRAD a largement contribu&eacute; &agrave; l&#39;&eacute;tablissement et au d&eacute;veloppement d&#39;approches telles que la mod&eacute;lisation d&rsquo;accompagnement (Companion Modelling&nbsp;&ndash; ComMod) (Barreteau, 2003a ; 2003b ; &Eacute;tienne, 2011) et COOPLAGE (Ferrand&nbsp;<em>et al</em>.,&nbsp;2018 ; Abrami&nbsp;<em>et al</em>.,&nbsp;2012&nbsp;; Hassenforder, Ferrand 2024). Les deux cadres utilisent la mod&eacute;lisation et des outils participatifs comme les jeux de r&ocirc;le, les groupes de discussion, etc. pour faciliter le dialogue et la participation des parties prenantes &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;chelles (du local &agrave; l&#39;international) et favoriser la discussion, la prise de d&eacute;cision et l&#39;&eacute;valuation des mesures politiques autour de probl&eacute;matiques telles que la gestion des ressources naturelles, la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, l&#39;adaptation au changement climatique, etc.</p> <p>Par ces approches, le processus tout autant que les r&eacute;sultats finaux sont importants : les chemins participatifs, les processus d&#39;apprentissage, les interactions entre diff&eacute;rentes parties prenantes, le partage des connaissances et des visions, la mise en place de r&eacute;seaux, le renforcement des capacit&eacute;s et la sensibilit&eacute; au genre contribuent pleinement au d&eacute;veloppement personnel et collectif, ainsi qu&#39;&agrave; la formation d&rsquo;un nouveau paradigme &eacute;thique en mesure de r&eacute;glementer les rapports entre soci&eacute;t&eacute;s et avec les ressources naturelles&nbsp;: le Bien Vivre.</p> <h3><strong>5.&nbsp;De la th&eacute;orie &agrave; la pratique : la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement en action</strong></h3> <p>Dans cette section, nous pr&eacute;sentons des exemples de projets o&ugrave; la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement a contribu&eacute; &agrave; am&eacute;liorer les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires, cr&eacute;ant les conditions pour la r&eacute;alisation du Bien Vivre.&nbsp;</p> <p>Nous proposons comme illustrations trois &eacute;tudes de cas qui abordent &agrave; diff&eacute;rents niveaux les quatre axes de transformation sugg&eacute;r&eacute;s par Caron&nbsp;et al.&nbsp;(2018) ainsi que les trois fonctions par lesquelles, selon Bricas (2019), les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires contribuent aux ODD.</p> <p>Les &eacute;tudes de cas font partie d&#39;un groupe plus large de 15 &eacute;tudes de cas que le CIRAD a analys&eacute;es pour d&eacute;velopper une m&eacute;thodologie sp&eacute;cifique d&#39;&eacute;valuation, appel&eacute;e IMPRESS (IMPact de la REcherche dans le Sud) (Faure<em>&nbsp;et al</em>.,&nbsp;2018 ; 2020), bri&egrave;vement pr&eacute;sent&eacute;e dans la section suivante. Nous avons choisi d&#39;adopter cette m&eacute;thodologie car elle propose des indicateurs sp&eacute;cifiques se r&eacute;f&eacute;rant aux conditions de vie et aux capacit&eacute;s &agrave; innover des b&eacute;n&eacute;ficiaires, qui sont des facteurs d&eacute;terminants pour un changement de paradigme &eacute;thique.</p> <p>Pour chaque cas pr&eacute;sent&eacute;, nous fournissons une description synth&eacute;tique du projet et de ses impacts &eacute;valu&eacute;s de mani&egrave;re participative. Un graphique (radar) est pr&eacute;sent&eacute; pour chaque projet. Le radar d&#39;impact (Faure&nbsp;<em>et al</em>.,&nbsp;2018) permet de visualiser la diversit&eacute; des impacts d&#39;un cas selon les 11 domaines d&#39;impact con&ccedil;us par IMPRESS. Ces 11 domaines sont regroup&eacute;s et repr&eacute;sent&eacute;s par quatre couleurs diff&eacute;rentes correspondant aux quatre groupes d&#39;ODD suivis par le CIRAD.</p> <p>Ces groupes d&#39;indicateurs correspondent, avec quelques adaptations, aux fonctions/objectifs des syst&egrave;mes agricoles et alimentaires selon Bricas (2019), auxquels un groupe de facteurs sur les institutions et les partenariats est ajout&eacute; par le cadre IMPRESS. Les indicateurs IMPRESS rappellent &eacute;galement les quatre parties indiqu&eacute;es par Caron&nbsp;<em>et al</em>.,&nbsp;(2018) pour transformer les syst&egrave;mes agricoles et alimentaires dans la direction des 17 ODD.</p> <p>Le tableau 1 compare les trois cadres analytiques, montrant leur approche similaire, avec quelques sp&eacute;cificit&eacute;s en termes de regroupement des indicateurs qui abordent diff&eacute;rents ODD. Dans la colonne IMPRESS, les quatre groupes d&#39;indicateurs sont associ&eacute;s aux m&ecirc;mes couleurs utilis&eacute;es dans les graphiques radar qui pr&eacute;sentent chaque &eacute;tude de cas (Figure 3).</p> <p>Tab. 1. Groupes d&rsquo;indicateurs pour le d&eacute;veloppement des syst&egrave;mes agricoles et alimentaires selon trois cadres analytiques internationaux.&nbsp;</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_662_13_image 3 farolfi.png" style="width: 900px; height: 667px;" /></p> <p>Note&nbsp;: Entre parenth&egrave;ses les ODD cibl&eacute;s. Les fl&egrave;ches indiquent o&ugrave; les ODD sont communs entre deux groupes d&rsquo;indicateurs dans des cadres diff&eacute;rents.&nbsp;Source&nbsp;:&nbsp;Farolfi, Perret, 2022.&nbsp;</p> <p>Il est &agrave; noter que le groupe UN Milano et l&#39;approche IMPRESS ajoutent un indicateur qui englobe le 16e ODD sur les institutions et le 17e sur les partenariats (ce dernier s&#39;applique uniquement &agrave; IMPRESS), par comparaison au cadre FAO/CIRAD (Bricas, 2019) qui se concentre sur les 15 premiers ODD &agrave; l&#39;exception du n&deg;4 sur l&#39;&eacute;ducation. Les institutions fortes et durables sont en effet cruciales pour favoriser une v&eacute;ritable renaissance territoriale, comme le soulignent Caron&nbsp;<em>et al</em>.,&nbsp;(2018), tandis qu&#39;un partenariat fructueux et une confiance renforc&eacute;e entre tous les acteurs et parties prenantes impliqu&eacute;s dans un projet de d&eacute;veloppement sont une condition n&eacute;cessaire pour une innovation r&eacute;ussie et pour un changement de paradigme &eacute;thique.</p> <p>Enfin, il est int&eacute;ressant de noter que le cadre IMPRESS souligne un indicateur sp&eacute;cifique dans le groupe d&#39;indicateurs &laquo;&nbsp;D&eacute;veloppement humain et s&eacute;curit&eacute; alimentaire&nbsp;&raquo; appel&eacute; &laquo;&nbsp;culture et conditions de vie&nbsp;&raquo;, alors que les conditions de vie sont consid&eacute;r&eacute;es comme le r&eacute;sultat de la somme des autres objectifs/indicateurs/fonctions dans les deux autres cadres.</p> <h4><strong>La m&eacute;thodologie IMPRESS (Faure<em>&nbsp;et al.</em>,&nbsp;2018)</strong></h4> <p>La m&eacute;thodologie IMPRESS ne se concentre pas sur l&#39;attribution sp&eacute;cifique des impacts de la recherche, attribution qui repose souvent sur des approches &eacute;conomiques et statistiques (Joly, Matt, 2017). Elle s&#39;appuie plut&ocirc;t sur un ensemble de concepts cl&eacute;s : la recherche par &eacute;tude de cas (Yin, 2009), l&#39;&eacute;valuation des chemins d&#39;impact (Douthwaite&nbsp;et al.,&nbsp;2003), et l&#39;analyse de la contribution (Mayne, 2001). Ces choix d&eacute;coulent de l&#39;int&eacute;r&ecirc;t scientifique pour comprendre les processus et m&eacute;canismes qui permettent &agrave; la recherche agronomique de contribuer &agrave; des impacts dans un socio-syst&egrave;me de changement et d&rsquo;innovation. L&#39;&eacute;valuation suit des principes participatifs (Baron, Monnier, 2003) pour parvenir &agrave; une perception partag&eacute;e parmi les acteurs du processus sp&eacute;cifique &eacute;valu&eacute; et de ses effets (Habermas, 1984), et pour am&eacute;liorer la qualit&eacute; et la pertinence de l&#39;&eacute;valuation en mobilisant diff&eacute;rents types de connaissances et de perceptions (Ridde 2006).</p> <p>&Agrave; cette fin, diff&eacute;rents acteurs participent &agrave; des ateliers, des groupes de discussion et des enqu&ecirc;tes pour caract&eacute;riser le processus d&#39;innovation et les impacts qui en d&eacute;coulent. Ils prennent &eacute;galement part &agrave; un atelier final pour discuter, affiner et valider les r&eacute;sultats.</p> <p>L&#39;analyse des &eacute;tudes de cas (projets) suivant la m&eacute;thodologie IMPRESS permet d&#39;&eacute;tablir un diagramme radar pour chaque projet en tant que repr&eacute;sentation synth&eacute;tique finale des impacts du projet sur les quatre groupes d&#39;indicateurs pr&eacute;sent&eacute;s dans le Tableau 1, colonne 3.</p> <p>Pour dessiner les graphiques radar, chaque impact de chaque cas est mesur&eacute; par plusieurs indicateurs en ce qui concerne son intensit&eacute; et son ampleur. IMPRESS demande &agrave; un panel d&#39;experts (qui connaissent tous les cas et la litt&eacute;rature) d&#39;&eacute;valuer tous les indicateurs au niveau des domaines d&#39;impact en utilisant deux &eacute;chelles g&eacute;n&eacute;rales (-5 &agrave; +5 pour l&#39;intensit&eacute; ; 0 &agrave; 3 pour l&#39;ampleur)<strong><a href="#_ftn5" name="_ftnref5" title=""><span style="color:#2980b9;">[5]</span></a></strong>. Apr&egrave;s discussion, le panel parvient aux scores finaux par consensus.</p> <h4><strong>Etudes de cas</strong></h4> <p>La m&eacute;thodologie IMPRESS appliqu&eacute;e &agrave; trois projets de recherche et d&eacute;veloppement agronomique/v&eacute;t&eacute;rinaire tr&egrave;s diff&eacute;rents<strong><a href="#_ftn6" name="_ftnref6" title=""><span style="color:#2980b9;">[6]</span></a></strong>&nbsp;illustre bien comment une initiative de d&eacute;veloppement peut avoir un effet significatif sur un ensemble de conditions pr&eacute;alables &agrave; la r&eacute;alisation du Bien Vivre dans les communaut&eacute;s du Sud global. Ces effets sont montr&eacute;s &agrave; travers les diagrammes radar d&#39;impact (Figure 3 a), b) et c). La figure repr&eacute;sente les domaines, illustr&eacute;s dans le tableau 1, colonne 3, o&ugrave; les impacts ont &eacute;t&eacute; constat&eacute;s pour chaque projet.</p> <p>Le premier projet concerne le d&eacute;veloppement d&#39;un d&eacute;cortiqueur de fonio (c&eacute;r&eacute;ale sah&eacute;lienne) au Mali et au Burkina Faso. Le deuxi&egrave;me projet porte sur l&#39;&eacute;radication de la mouche ts&eacute;-ts&eacute; au S&eacute;n&eacute;gal, et le troisi&egrave;me projet concerne la gestion int&eacute;gr&eacute;e des ressources en eau (GIRE) en Indon&eacute;sie.</p> <p>Le graphique radar de la Figure 3a) montre qu&#39;&agrave; la suite de l&#39;&eacute;valuation IMPRESS, l&#39;innovation du d&eacute;cortiqueur de fonio a eu des impacts exclusivement sur deux groupes d&#39;indicateurs (cf. Tableau 1) : Activit&eacute; &eacute;conomique et D&eacute;veloppement humain et s&eacute;curit&eacute; alimentaire. Il est int&eacute;ressant de noter que l&#39;indicateur &laquo; culture et conditions de vie &raquo; est positif pour ce projet, et l&#39;argument est que la qualit&eacute; de vie des familles de producteurs s&#39;est am&eacute;lior&eacute;e. Les femmes disent toutes que le d&eacute;cortiqueur les a lib&eacute;r&eacute;es d&#39;une t&acirc;che laborieuse et que cela s&#39;est traduit par de meilleures relations familiales.</p> <p><img src="https://www.numerev.com/img/ck_662_13_image farolfi 4.jpg" style="width: 600px; height: 1217px;" /></p> <p>Fig. 3. Radar d&rsquo;impact selon la m&eacute;thodologie IMPRESS pour les trois projets : d&eacute;cortiqueur de fonio au Mali et Burkina Faso&nbsp;a), &eacute;radication de la mouche ts&eacute;-ts&eacute; au S&eacute;n&eacute;gal&nbsp;b), et gestion de l&rsquo;eau en Indon&eacute;sie&nbsp;c).Source: Faure&nbsp;<em>et al.</em>,&nbsp;2018.</p> <p>Le projet d&#39;&eacute;radication de la mouche ts&eacute;-ts&eacute; dans les Niayes du S&eacute;n&eacute;gal (graphique radar de la Figure 3b) a eu des impacts sur les quatre groupes d&#39;indicateurs identifi&eacute;s par l&#39;approche (cf. Tableau 1). Cependant, les principaux r&eacute;sultats ont &eacute;t&eacute; observ&eacute;s dans la conservation de l&#39;environnement, &agrave; la fois par l&#39;am&eacute;lioration de la sant&eacute; animale et la protection renforc&eacute;e des ressources naturelles et de la biodiversit&eacute;, ainsi que dans les institutions et les partenariats durables.&nbsp;</p> <p>L&#39;indicateur &laquo;&nbsp;culture et conditions de vie&nbsp;&raquo; est n&eacute;gatif pour ce projet, et les raisons en sont d&#39;abord la modification/perte des traditions pastorales li&eacute;es &agrave; l&#39;intensification de l&#39;&eacute;levage qui a suivi le projet, ensuite la r&eacute;duction de la proportion de races&nbsp;trypano-tol&eacute;rantes&nbsp;dans les troupeaux, et enfin une r&eacute;duction des zones cultiv&eacute;es.</p> <p>Le projet de GIRE en Indon&eacute;sie (graphique radar de la Figure 3c) a eu des impacts sur les quatre groupes d&#39;indicateurs identifi&eacute;s par le cadre IMPRESS.</p> <p>L&#39;approche institutionnelle et les approches participatives ont&nbsp;entra&icirc;n&eacute;&nbsp;des cons&eacute;quences positives &agrave; la fois sur la protection de l&#39;environnement et sur la capacit&eacute; de production des agriculteurs locaux, ce qui a finalement entra&icirc;n&eacute; une augmentation du niveau de revenu des agriculteurs. Les innovations techniques et institutionnelles/gouvernementales ont produit des impacts positifs sur l&#39;ensemble des fonctions, favorisant de meilleures conditions de vie pour les communaut&eacute;s locales et une meilleure capacit&eacute; &agrave; innover.</p> <h3><strong>6. Discussion et conclusion</strong></h3> <p>Dans le Sud global, malgr&eacute; des tendances d&eacute;mographiques et d&#39;urbanisation marqu&eacute;es, les zones rurales restent cruciales pour le d&eacute;veloppement social et &eacute;conomique. En effet, les conditions de vie et le bien-&ecirc;tre d&eacute;pendent encore largement de la production primaire. Au niveau local, l&#39;agriculture constitue l&#39;&eacute;pine dorsale de l&#39;approvisionnement alimentaire, des revenus et des relations sociales. &Agrave; l&#39;&eacute;chelle mondiale, l&#39;agriculture familiale demeure le principal fournisseur net d&#39;aliments, d&#39;emplois et de moyens de subsistance. Ces faits soulignent que la recherche agronomique est un facteur cl&eacute; pour am&eacute;liorer les conditions de vie, et donc pour alimenter la production de biens relationnels qui sont &agrave; l&rsquo;origine d&rsquo;un bien-&ecirc;tre individuel augment&eacute; et plus de capital social. Ces facteurs dans certaines situations stimulent un changement radical du paradigme &eacute;thique des communaut&eacute;s vis-&agrave;-vis des relations avec les autres et avec les ressources environnementales&nbsp;: ce paradigme a &eacute;t&eacute; d&eacute;fini Bien Vivre par Fantini&nbsp;<em>et al</em>.&nbsp;(2022).</p> <p>La recherche agronomique est &eacute;galement un levier utile pour am&eacute;liorer les connaissances, d&eacute;velopper des solutions adapt&eacute;es et influencer les politiques. Elle peut pour cela devenir un facteur de transformation au sein des soci&eacute;t&eacute;s et des syst&egrave;mes politiques en transition, particuli&egrave;rement dans le Sud global. Elle joue en effet un r&ocirc;le dans l&#39;autonomisation, le renforcement des capacit&eacute;s, les processus de d&eacute;mocratisation et de participation. &Agrave; ces fins, de nouvelles approches ont &eacute;t&eacute; d&eacute;velopp&eacute;es, permettant ainsi de d&eacute;passer la simple fourniture de biens et services de base. En d&eacute;finitive, la mani&egrave;re dont la recherche est men&eacute;e est cruciale en ce qui concerne la promotion du Bien Vivre, car la recherche peut &eacute;galement valoriser et accro&icirc;tre les connaissances locales, le capital social et les capacit&eacute;s.&nbsp;</p> <p>Les &eacute;tudes de cas pr&eacute;sent&eacute;es par le biais d&rsquo;une de ces approches, la d&eacute;marche IMPRESS, montrent que la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement contribue &agrave; un large &eacute;ventail d&#39;impacts. Certains indicateurs d&#39;impact se r&eacute;f&egrave;rent directement au Bien Vivre, tandis que d&#39;autres se rapportent &agrave; ses conditions.</p> <p>Les &eacute;tudes de cas ont &eacute;galement montr&eacute; que les chercheurs impliqu&eacute;s dans les projets ont efficacement contribu&eacute; aux impacts en r&eacute;alisant une diversit&eacute; de fonctions. La nature participative et inclusive de la recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement moderne encourage les chercheurs &agrave; produire des&nbsp;r&eacute;sultats&nbsp;diff&eacute;rents&nbsp;: articles, rapports, formations, mais aussi diffusion de vari&eacute;t&eacute;s adapt&eacute;es, essais sur le terrain et d&eacute;monstrations, partenariats entre la recherche, les ONG et les organismes de vulgarisation. Enfin, les &eacute;tudes pr&eacute;sent&eacute;es montrent l&#39;importance du temps pour atteindre les impacts attendus des projets. La logique des agences de financement est souvent orient&eacute;e vers la r&eacute;alisation de r&eacute;sultats &agrave; court terme. Comme le concluent Faure&nbsp;<em>et al</em>.&nbsp;(2018), &laquo;&nbsp;le d&eacute;fi consiste donc &agrave; d&eacute;velopper des m&eacute;canismes de financement efficaces permettant la mise en &oelig;uvre de projets de recherche et de d&eacute;veloppement &agrave; moyen et long terme qui peuvent contribuer efficacement aux impacts&nbsp;&raquo;.</p> <p>Dans le Sud global aujourd&#39;hui, comme ailleurs &agrave; travers l&#39;histoire (y compris &agrave; partir de pays europ&eacute;ens), les mauvaises conditions de vie persistantes, le manque de services et biens de base, ou les menaces directes aux normes de vie individuelles, familiales ou communautaires (guerre, conflits, ins&eacute;curit&eacute; alimentaire, etc.) ont d&eacute;clench&eacute; les m&ecirc;mes r&eacute;ponses : la mobilit&eacute; et les migrations, Les migrations traditionnelles et contemporaines &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de l&#39;Afrique d&eacute;montrent l&#39;adaptabilit&eacute; des individus, des familles ou des communaut&eacute;s enti&egrave;res afin d&rsquo;atteindre de meilleures conditions de vie. Ces migrations peuvent &ecirc;tre temporaires ou permanentes. L&#39;augmentation r&eacute;cente des migrations intercontinentales, du sud vers le nord, de l&#39;Afrique vers l&#39;Europe par exemple, le poids &eacute;conomique consid&eacute;rable des envois de fonds (vers l&#39;Afrique du Nord, les Philippines ou le Mexique par exemple) et leurs diverses cons&eacute;quences ne peuvent &ecirc;tre ignor&eacute;s. Ces tendances peuvent &ecirc;tre analys&eacute;es &agrave; travers le prisme du Bien Vivre. D&rsquo;une part les migrants se d&eacute;placent &agrave; la recherche de meilleures conditions de vie, &agrave; long terme, l&agrave; o&ugrave; ils se sont install&eacute;s ou pour leur famille rest&eacute;e au pays. Ils ne sont pas satisfaits de leurs conditions de vie actuelles et des questions demeurent quant &agrave; ce qu&#39;ils recherchent et au mod&egrave;le de vie qu&#39;ils ont en t&ecirc;te, &agrave; la r&eacute;alit&eacute; du Bien-Vivre en Occident, et &agrave; la perception que ces migrants en ont.&nbsp;D&rsquo;autre part, les conditions de vie de ceux qui restent ne sont pas suffisantes pour leur permettre de r&eacute;aliser un changement radical de paradigme dans la direction du Bien Vivre.&nbsp;&nbsp;&nbsp;</p> <p>Comme le souligne Langlois (2016), la r&eacute;alisation du Bien Vivre ne peut pas &ecirc;tre dissoci&eacute;e d&#39;une&nbsp;r&eacute;vision&nbsp;radicale du mod&egrave;le de d&eacute;veloppement dominant pour notre plan&egrave;te, tr&egrave;s extractif et soutenu par le monde globalis&eacute;. Cette r&eacute;vision passe par un changement des politiques de production, de commerce et de consommation, et en m&ecirc;me temps par la promotion de nouveaux mod&egrave;les culturels et paradigmes de d&eacute;veloppement. Si le mod&egrave;le dominant reste celui visant le &laquo;toujours plus&raquo; au lieu du &laquo;toujours mieux&raquo;, les soci&eacute;t&eacute;s du Sud global continueront &agrave; regarder avec &laquo;illusion&raquo; le mod&egrave;le globalis&eacute;. Par cons&eacute;quent, elles vivront soit dans la frustration croissante cr&eacute;&eacute;e par l&#39;&eacute;cart entre les conditions de vie dans le nord et dans le sud, soit elles migreront. Les migrations massives sud-nord sont &eacute;galement g&eacute;n&eacute;r&eacute;es par ce faux mythe de meilleures conditions de vie cr&eacute;&eacute;es par les biens mat&eacute;riels et les services co&ucirc;teux. En revanche, comme le montrent de nombreuses &eacute;tudes (Sen,1999 ; Sacco, Segre, 2006), les biens relationnels, les connaissances et la culture sont cruciaux dans la cr&eacute;ation de capital social, de capacit&eacute;s et de &laquo;libert&eacute; positive&raquo; et donc aussi de bien-&ecirc;tre individuel, tant dans le Nord que dans le Sud. Pour cette raison, les politiques publiques devraient encourager la transition vers les mod&egrave;les de d&eacute;veloppement qui placent les biens relationnels au c&oelig;ur de la cr&eacute;ation de bien-&ecirc;tre. La recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement, &agrave; travers des approches participatives et inclusives, devrait cibler les impacts directs sur les biens relationnels en plus des cibles conventionnelles repr&eacute;sent&eacute;es par la s&eacute;curit&eacute; alimentaire, l&rsquo;environnement durable et le d&eacute;veloppement inclusif.&nbsp;</p> <p>Il ne faut pas sous-estimer, pour conclure, le r&ocirc;le important que le Sud global peut jouer dans la transition vers le Bien Vivre, car il dispose encore d&rsquo;un capital social fort et sait faire avec frugalit&eacute;. La recherche agronomique pour le d&eacute;veloppement s&rsquo;int&eacute;resse depuis un certain temps aux savoirs dits &laquo;&nbsp;profanes&nbsp;&raquo; et aux expertises sociales, n&eacute;cessaires au d&eacute;veloppement durable. Ces savoirs et cette exp&eacute;rience provenant du Sud global repr&eacute;sentent de v&eacute;ritables atouts pour les pays &agrave; revenus &eacute;lev&eacute;s.</p> <p>&nbsp;</p> <p><em>Les auteurs souhaitent remercier sinc&egrave;rement Paola Casadei pour la traduction en fran&ccedil;ais de l&rsquo;article original en anglais.</em></p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Bibliographie</strong></p> <p>Abrami G., Ferrand N., Morardet S., Murgue C., Popova A., De Fooij H. ... and Aquae-Gaudi W., 2012, &ldquo;Wat-A-Game, a toolkit for building role-playing games about integrated water management&rdquo;, in R. Seppelt, A.A. Voinov, S. Lange and D. Bankamp (eds.),&nbsp;<em>iEMSs Sixth Biennial Meeting.</em></p> <p>Attanasio O., Polania-Reyes, S. and Pellerano, L., 2015, &ldquo;Building social capital: Conditional cash transfers and cooperation&rdquo;,&nbsp;<em>Journal of Economic Behavior &amp; Organization</em>, vol. 118, pp. 22-39.</p> <p>Avdeenko A., Gilligan M. 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(eds.),&nbsp;2022,<em>&nbsp;Buon vivere (Good Living) as relationship economy</em>. Bologna, Il Mulino, p. 225-250.</p> <p>Faure G., Barret D., Blundo-Canto G., Dabat M.E., Devaux-Spatarakis A., Le Guerrou&eacute; J.L., Marqui&eacute; C., Math&eacute; S., Temple L., Toillier A., Triomphe B., Hainzelin, E. 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Par exemple, un projet visant &agrave; accro&icirc;tre les performances des syst&egrave;mes d&#39;irrigation gr&acirc;ce &agrave; l&#39;am&eacute;lioration des infrastructures et de la gouvernance aura une incidence sur l&#39;innovation et la technologie (pompes, canaux, etc.), mais aussi sur les facteurs &eacute;conomiques (cultures irrigu&eacute;es), socioculturels (formation et sensibilisation &agrave; l&#39;utilisation de l&#39;eau), politiques (gouvernance, prise de d&eacute;cision), biophysiques et environnementaux (utilisation de l&#39;eau, salinisation, utilisation de l&#39;&eacute;nergie) et d&eacute;mographiques (flux migratoires vers les zones irrigu&eacute;es).</p> </div> <div id="ftn5"> <p><strong><a href="applewebdata://7F3865BC-348D-4CD6-9D9C-A7C3DADC0193#_ftnref5" name="_ftn5" title=""><span style="color:#2980b9;">[5]</span></a></strong>&nbsp;Les deux crit&egrave;res utilis&eacute;s pour &eacute;valuer le changement par domaine d&#39;impact sont l&#39;intensit&eacute; du changement pour caract&eacute;riser le degr&eacute; de variation d&#39;un impact, et l&#39;ampleur du changement pour caract&eacute;riser le nombre de personnes ou la zone g&eacute;ographique concern&eacute;s par l&#39;innovation.</p> </div> <div id="ftn6"> <p><strong><a href="applewebdata://7F3865BC-348D-4CD6-9D9C-A7C3DADC0193#_ftnref6" name="_ftn6" title=""><span style="color:#2980b9;">[6]</span></a></strong>&nbsp;Une description d&eacute;taill&eacute;e de ces projets se trouve &agrave; l&rsquo;adresse suivant : https://impress-impact-recherche.cirad.fr/impress-ex-post/case-studies.</p> </div> </div>

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Accompagner les évolutions du droit dans un contexte de transition

Ornella INSALACO

L’adage « Nul n’est censé ignorer la loi » sonne comme une promesse, celle de la garantie de la bonne application du droit, y compris en matière de protection de l’environnement. Pourtant, parmi les différents domaines du droit, le droit de l’environnement ne fait pas figure de bon élève en matière d’effectivité. Malgré la prolifération des normes dans ce domaine, des progrès restent à faire pour garantir leur bonne application. Dans cette perspective, la reconnaissance d’indicateurs juridiques a pour ambition d’évaluer l’application...

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