N°7 / Démocraties en Transition

Démocraties en Transitions: Introduction

Manon SALA, Vittorio VALENTINO

Abstract

Au sein de ce nouveau numéro de la revue Notos, il s’agira de questionner les mouvements qui proposent de véritables alternatives aux crises de la représentation politique et du dialogue social. Ce numéro repositionne le débat autour de l’idée politique de démocratie. Les transitions qui y prennent racine offrent des possibilités de changements multidimensionnels, aussi bien au niveau socio-politique, épistémique, ontologique qu’environnemental, en réponse à des problématiques sociales persistantes. 

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<p><strong>Introduction</strong></p> <p>Nous sommes entr&eacute;s dans l&rsquo;&egrave;re de l&rsquo;Anthropoc&egrave;ne et, alors que l&rsquo;&eacute;quilibre bio-g&eacute;o-chimique du syst&egrave;me Terre s&rsquo;emballe avec des ph&eacute;nom&egrave;nes climatiques extr&ecirc;mes, l&rsquo;humain tente tant bien que mal de se cr&eacute;er une place parmi les vivants. En effet, &agrave; contre-courant de l&rsquo;individuation &agrave; marche forc&eacute;e pr&ocirc;n&eacute;e par le capitalisme, les crises multi-dimensionn&eacute;es auxquelles nous faisons face nous invitent &agrave; inventer d&rsquo;autres mani&egrave;res d&rsquo;&ecirc;tre au monde (Latour, 2017).</p> <p>Le num&eacute;ro 7 de la revue<em>&nbsp;Notos</em>&nbsp;se veut profond&eacute;ment ancr&eacute; dans le contexte contemporain de soul&egrave;vements multiples aussi bien sur le plan politico-social qu&#39;id&eacute;ologique&nbsp;: explosion de la r&eacute;pression polici&egrave;re &agrave; Sainte-Soline en avril 2023, annonce de la dissolution du mouvement Soul&egrave;vement de la Terre par le Premier Ministre en avril puis en juin 2023, accusation &laquo;&nbsp;d&rsquo;&eacute;co-terroristes&nbsp;&raquo; pour de simples mobilisations&hellip; Dans ce contexte de tensions syst&eacute;miques, les grandes valeurs de solidarit&eacute;, justice et fraternit&eacute;-sororit&eacute; qui guident l&rsquo;id&eacute;al d&eacute;mocratique semblent fragilis&eacute;es par un syst&egrave;me &agrave; bout de souffle qui peine &agrave; &eacute;couter et int&eacute;grer ces nombreuses revendications.&nbsp;</p> <p>Dans l&rsquo;ouvrage collectif&nbsp;<em>La d&eacute;mocratie &eacute;cologique</em>&nbsp;(2022) co-&eacute;crit &agrave; la suite d&rsquo;un colloque organis&eacute; par la Commission Nationale du D&eacute;bat Public en 2022, le sociologue Jean-Michel Fourniau pr&eacute;sente le r&ocirc;le de l&rsquo;&eacute;cologie politique comme porteuse d&rsquo;un &laquo;&nbsp;grand projet de transformation des rapports sociaux des hommes &agrave; la nature&nbsp;&raquo;, soulignant l&rsquo;&eacute;largissement n&eacute;cessaire de la citoyennet&eacute; &agrave; une &eacute;co-citoyennet&eacute; de l&rsquo;espace public qui d&eacute;passe la mat&eacute;rialit&eacute; seule de l&rsquo;existence, en tant que r&eacute;actualisation d&rsquo;un vivre-ensemble commun capable d&rsquo;int&eacute;grer de nouvelles perspectives environnementales ou sociales.&nbsp;</p> <p>Ainsi au sein de ce nouveau num&eacute;ro qui se situe &agrave; la crois&eacute;e des savoirs et des niveaux d&rsquo;analyse, il s&rsquo;agira de questionner les mouvements qui proposent de v&eacute;ritables alternatives aux crises de la repr&eacute;sentation politique et du dialogue social. Ce num&eacute;ro repositionne le d&eacute;bat autour de l&rsquo;id&eacute;e politique de d&eacute;mocratie. Les transitions qui y prennent racine offrent des possibilit&eacute;s de changements multidimensionnels, aussi bien au niveau socio-politique, &eacute;pist&eacute;mique, ontologique&nbsp;qu&rsquo;environnemental, en r&eacute;ponse &agrave; des probl&eacute;matiques sociales persistantes (Slimani, Barthes et Lange,&nbsp;2020).&nbsp;</p> <p>Ce nouveau num&eacute;ro de la revue&nbsp;<em>Notos&nbsp;</em>introduit des questionnements et outils politiques au service de la refonte de nos imaginaires et institutions d&eacute;mocratiques locales. En repensant nos relations aux vivants &laquo;&nbsp;autres qu&rsquo;humains&nbsp;&raquo;, nous&nbsp;nous donnons la possibilit&eacute; d&rsquo;&eacute;largir les organisations sociales dans une forme d&rsquo;&eacute;cologie globale, au service de notre commune&nbsp;terrestrialit&eacute;&nbsp;(Gosselin, g&eacute; Bartoli, 2022). Ces fondements &eacute;pist&eacute;mologiques et philosophiques seront questionn&eacute;s &agrave; travers le prisme de la litt&eacute;rature, par une comparaison crois&eacute;e des &oelig;uvres d&rsquo;Annie Ernaux et de Marguerite Yourcenar, ainsi que par le recours &agrave; la philosophie dans l&rsquo;entretien men&eacute; aupr&egrave;s de l&rsquo;enseignante-chercheuse &agrave; l&rsquo;EHESS Sophie Gosselin. Par la suite, nous transposerons cette approche critique dans un ancrage territorial fort, en pr&eacute;sentant les outils de d&eacute;mocratie participative que sont la concertation citoyenne et le recours aux jeux s&eacute;rieux pour r&eacute;pondre &agrave; des &laquo;&nbsp;questions vives&nbsp;&raquo; (Lange, 2017) telles que la rar&eacute;faction de la ressource en eau.&nbsp;</p> <p>En effet, s&rsquo;insinue graduellement dans nos esprits, l&rsquo;id&eacute;e que les principes d&eacute;mocratiques s&#39;affaiblissent et s&rsquo;&eacute;tiolent de jour en jour, transformant ainsi la perception que nous avions, peut-&ecirc;tre d&egrave;s notre plus jeune &acirc;ge, d&eacute;clench&eacute;e par des lectures ou entendue dans le feu des r&eacute;cits de guerre et d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements politiques &eacute;tal&eacute;s sur des d&eacute;cennies : que l&rsquo;histoire s&rsquo;est construite pr&eacute;cis&eacute;ment autour de la d&eacute;mocratie, autour de nous et de la notion de citoyennet&eacute; qui lui est inh&eacute;rente.</p> <p>L&#39;observation du monde dans son ensemble s&rsquo;enrichit cependant, aujourd&rsquo;hui de termes tels que &laquo;&nbsp;crise d&eacute;mocratique&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;atteinte aux institutions d&eacute;mocratiques&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;nouveaux extr&eacute;mismes et polarisations politiques profondes&nbsp;&raquo; (voir les derni&egrave;res &eacute;lections parlementaires en Italie), mais aussi d&rsquo;une perte de confiance dans les repr&eacute;sentants de ces m&ecirc;mes institutions d&eacute;j&agrave; en place. Les d&eacute;rives autoritaires s&rsquo;infiltrent alors aussi bien dans les rangs des d&eacute;mocraties &eacute;tablies que dans les r&eacute;gimes des pays non d&eacute;mocratiques.</p> <p>Selon l&rsquo;indice de d&eacute;mocratie (qui &eacute;value les pays en fonction de soixante indicateurs), publi&eacute; en 2023 par&nbsp;l&rsquo;<em>Economist Intelligence Unit</em>, moins de 8 % de la population mondiale vit dans une d&eacute;mocratie &agrave; part enti&egrave;re, tandis que pr&egrave;s de 40 % vit sous un r&eacute;gime autoritaire. Les d&eacute;mocraties contemporaines &eacute;tablies, sont n&eacute;es suite &agrave; des luttes sociales qui ont d&eacute;but&eacute; principalement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un mod&egrave;le politique occidental fond&eacute; sur la reconnaissance et la garantie de la libert&eacute; sous trois aspects fondamentaux : la libert&eacute; civile, la libert&eacute; politique et la libert&eacute; sociale (Bobbio, 1984). Si son adaptabilit&eacute; &agrave; toutes latitudes est de plus en plus discut&eacute;e, ce qui est majoritairement remis en question par les citoyens, est sa repr&eacute;sentativit&eacute; politique, car de plus en plus de citoyens par le biais de mouvements sociaux et de nouvelles formes d&#39;engagement politique, aspirent &agrave; une forme de d&eacute;mocratie diff&eacute;rente, plus directe et/ou plus participative.</p> <p>En fait, si l&rsquo;on observe l&rsquo;histoire de la d&eacute;mocratie moderne en Europe, pendant la Renaissance, celle-ci &eacute;tait d&eacute;j&agrave; le sujet central du d&eacute;bat intellectuel, trouvant dans les Lumi&egrave;res le principal d&eacute;fi aux structures monarchiques existantes, afin d&rsquo;aspirer &agrave; une v&eacute;ritable souverainet&eacute; populaire. Cela s&rsquo;oppose &agrave; l&rsquo;id&eacute;e selon laquelle la pr&eacute;sence du peuple ne puisse aucunement conduire &agrave; un bon gouvernement (Canfora, 2004). La R&eacute;volution fran&ccedil;aise sonne alors comme le d&eacute;but d&rsquo;un v&eacute;ritable tournant dans la cr&eacute;ation d&rsquo;une d&eacute;mocratie plus moderne, qui embrasse symboliquement, mais pleinement, la volont&eacute; du peuple de s&rsquo;auto-l&eacute;gitimer : c&#39;est le peuple,&nbsp;&nbsp;&nbsp;&laquo; l&rsquo;homme &raquo; et ses libert&eacute;s qui sont au centre de la D&eacute;claration des droits de l&rsquo;homme de 1789. Parall&egrave;lement &agrave; &laquo; l&rsquo;homme &raquo;, la figure du citoyen, celui qui &eacute;lit des repr&eacute;sentants pour gouverner et prendre des d&eacute;cisions en son nom, s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &eacute;galement : une repr&eacute;sentation politique qui &eacute;tend l&rsquo;id&eacute;e de participation politique &agrave; des groupes auparavant exclus, tout en cr&eacute;ant parfois des conditions d&rsquo;in&eacute;galit&eacute; sans pr&eacute;c&eacute;dent entre l&rsquo;&eacute;lu et l&rsquo;&eacute;lecteur.</p> <p>Bien que fond&eacute;e sur des &eacute;chelles sociales diff&eacute;rentes, autour des cit&eacute;s-&Eacute;tats, c&rsquo;est dans la conception grecque antique que la d&eacute;mocratie populaire trouve sa phase originelle. Le terme &delta;&eta;&mu;&omicron;&kappa;&rho;&alpha;&tau;ί&alpha;, compos&eacute; de &delta;ῆ&mu;&omicron;&sigmaf; &laquo; peuple &raquo; et -&kappa;&rho;&alpha;&tau;ί&alpha; &laquo; -cratie &raquo;, indique une participation directe du peuple aux d&eacute;cisions importantes, r&eacute;uni en assembl&eacute;e, exer&ccedil;ant son vote : un mod&egrave;le politique qui, bien qu&rsquo;il ait pos&eacute; les bases de la d&eacute;mocratie moderne, est rest&eacute; extr&ecirc;mement limit&eacute;, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un droit exerc&eacute; par une petite partie des citoyens de la&nbsp;<em>polis</em>. Un mod&egrave;le qui n&rsquo;a pas r&eacute;sist&eacute; &agrave; la chute des cit&eacute;s grecques et qui a &eacute;volu&eacute;, jusqu&rsquo;au XIXe si&egrave;cle, de mani&egrave;re transversale, dans de nombreuses r&eacute;gions du monde, en r&eacute;gimes monarchiques ou imp&eacute;riaux. Des modes de gouvernance qui concentraient donc tout le pouvoir politique, d&eacute;cisionnel et institutionnel, entre les mains d&rsquo;individus uniques (ou de petits cercles), excluant de fait l&rsquo;opinion du peuple et toute forme de repr&eacute;sentation qui lui soit li&eacute;e.&nbsp;</p> <p>S&rsquo;il est clair que la pens&eacute;e d&eacute;mocratique peut&nbsp;&eacute;merger&nbsp;de diff&eacute;rentes mani&egrave;res, selon les latitudes, les p&eacute;riodes historiques et les cultures associ&eacute;es, certains principes restent fondamentaux pour sa mise en &oelig;uvre. C&rsquo;est le cas, par exemple, du principe de responsabilit&eacute; (qu&rsquo;elle soit citoyenne, individuelle ou collective) : les dirigeants sont consid&eacute;r&eacute;s comme responsables de leurs d&eacute;cisions et, en m&ecirc;me temps, les citoyens doivent pouvoir les tenir pour responsables de leurs actions, selon le principe de transparence, juger et contr&ocirc;ler leurs travaux, en tant qu&rsquo;&eacute;lus par des proc&eacute;dures &eacute;lectives l&eacute;gales.</p> <p>Comment maintenir la l&eacute;gitimit&eacute; d&eacute;mocratique si, toutefois, ces principes de responsabilit&eacute; ou de transparence peuvent se r&eacute;v&eacute;ler fragiles aux yeux des citoyens en perte de confiance ? En effet, le taux de participation de plus en plus faible aux &eacute;lections est le signe d&rsquo;une crise de la d&eacute;mocratie repr&eacute;sentative, de la n&eacute;cessit&eacute; de renouer le contact entre la politique et la citoyennet&eacute;, aujourd&rsquo;hui consid&eacute;r&eacute;es comme des entit&eacute;s distinctes. Selon l&rsquo;&eacute;tude &laquo;&nbsp;Participation et abstention aux &eacute;lections l&eacute;gislatives : quelles &eacute;volutions depuis 2002 ?&nbsp;&raquo;, parue en juin 2024 sur le site&nbsp;<em>Vie-publique.fr</em>,&nbsp;en 20 ans l&rsquo;abstention aux &eacute;lections l&eacute;gislatives en France a augment&eacute;, passant de 35,58% des inscrits en 2002 &agrave; 52,49% en 2022. Une tendance &agrave; la &laquo;&nbsp;volatilit&eacute;&nbsp;&raquo; qui s&rsquo;observe depuis les ann&eacute;es 70, caus&eacute;e par un affaiblissement de l&rsquo;identification partisane et une plus grande d&eacute;fiance vis-&agrave;-vis des responsables politiques ; des &eacute;l&eacute;ments qui, avec l&rsquo;&eacute;mergence de nouvelles formes de participation, modifient les comportements des &eacute;lecteurs.</p> <p>En d&rsquo;autres termes, la perte de confiance, le d&eacute;sint&eacute;r&ecirc;t ou la ru&eacute;e vers le populisme, sont le r&eacute;sultat d&rsquo;un syst&egrave;me bien rod&eacute; d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;ts et de corruption auquel la politique nous a habitu&eacute;s depuis de nombreuses ann&eacute;es : en effet, nous assistons &agrave; la fois au retour de la figure du leader autoritaire et charismatique, d&eacute;g&eacute;n&eacute;rant vers une forme personnelle de pouvoir (Bobbio, 1984), et &agrave; l&#39;accroissement disproportionn&eacute; des in&eacute;galit&eacute;s sociales. Ce ne sont l&agrave; que quelques-unes des questions critiques qui doivent nous pousser &agrave; r&eacute;inventer la participation d&eacute;mocratique, qui doit mieux correspondre aux besoins sociaux et &eacute;conomiques directs des citoyens et aux crises que nous connaissons actuellement, qui vont du manque de repr&eacute;sentativit&eacute; politique jusqu&rsquo;aux bouleversements climatiques et de la biodiversit&eacute;.</p> <p>Cependant, il semblerait que les p&eacute;riodes de crise puissent nous pousser &agrave; une plus grande prise de conscience de l&rsquo;importance et de la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;une d&eacute;mocratie participative : la Convention Citoyenne pour le climat est un exemple du renforcement possible de l&rsquo;initiative citoyenne en lien avec l&rsquo;exercice d&rsquo;un pouvoir consultatif et politique fort. Si l&rsquo;objectif est de faire &eacute;merger des propositions pour lutter contre le changement climatique, il est n&eacute;cessaire d&rsquo;&eacute;tendre ce mod&egrave;le de forum, d&rsquo;information et de d&eacute;bat &agrave; d&rsquo;autres questions d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t public, en impliquant les citoyens dans les m&eacute;canismes de prise de d&eacute;cision politique. Cela permettrait d&rsquo;enclencher un processus de reconqu&ecirc;te de la confiance dans l&rsquo;action des institutions d&eacute;mocratiques, de promouvoir la transparence financi&egrave;re et le respect de l&rsquo;individu, de ses droits.</p> <p>Prot&eacute;ger l&rsquo;int&eacute;grit&eacute; de l&rsquo;appareil d&eacute;mocratique, signifie alors garantir l&rsquo;ind&eacute;pendance de chacun de ses &eacute;l&eacute;ments : une justice ind&eacute;pendante et impartiale, une information libre et compl&egrave;te, qui encourage les citoyens &agrave; participer aux enjeux politiques ; un syst&egrave;me &eacute;lectoral repens&eacute; pour inclure les minorit&eacute;s ethniques. Il ne s&rsquo;agirait pas d&rsquo;une surveillance citoyenne, exerc&eacute;e par exemple &agrave; travers les r&eacute;seaux sociaux, mais d&rsquo;une implication des citoyens eux-m&ecirc;mes &agrave; travers un nouvel &eacute;lan civique. Mieux inform&eacute;s sur les questions politiques, d&eacute;j&agrave; au sein du syst&egrave;me scolaire (&agrave; noter qu&rsquo;en France existe d&eacute;j&agrave; un syst&egrave;me d&rsquo;&eacute;co-d&eacute;l&eacute;gu&eacute;s et de conseil municipal des enfants), les citoyens, jeunes et moins jeunes, seraient en mesure de travailler avec les &eacute;lus sur des sujets qui n&eacute;cessitent un dynamisme et une adaptabilit&eacute; permanents afin de r&eacute;duire les in&eacute;galit&eacute;s en termes d&rsquo;acc&egrave;s aux soins, &agrave; l&rsquo;emploi et pour l&rsquo;am&eacute;lioration des services publics par exemple, mais aussi face aux d&eacute;fis climatiques qui s&rsquo;annoncent. Concr&egrave;tement, l&rsquo;intervention citoyenne p&eacute;rennise les droits fondamentaux qui fondent l&rsquo;id&eacute;e de d&eacute;mocratie.</p> <p>Dans cette qu&ecirc;te d&rsquo;&eacute;volution, sur le terrain des bouleversements environnementaux, les institutions d&eacute;mocratiques doivent exp&eacute;rimenter de nouvelles approches, plus durables : c&rsquo;est le cas de la &laquo;&nbsp;d&eacute;modiversit&eacute;&nbsp;&raquo;, une &laquo; approche &eacute;cosyst&eacute;mique &raquo; de la gestion de la biodiversit&eacute;, inaugur&eacute;e par la conf&eacute;rence de Trondheim en 1999, reflet juridique d&rsquo;un concept n&eacute; en Afrique et en Am&eacute;rique latine, qui constitue une approche diff&eacute;rente de la protection environnementale de la sant&eacute; de tous les &ecirc;tres vivants, &agrave; inclure dans la construction d&rsquo;un nouvel appareil d&eacute;mocratique plus interconnect&eacute;. Une vision qui int&egrave;gre des priorit&eacute;s multiples, telles que la sauvegarde du vivant face aux dynamiques &eacute;conomiques, souvent dict&eacute;es par des logiques extractivistes, d&rsquo;o&ugrave; le terme anthropocentr&eacute; souvent utilis&eacute; de &laquo;&nbsp;services &eacute;cosyst&eacute;miques&nbsp;&raquo;. Par l&rsquo;implication directe des populations, dans les d&eacute;cisions au niveau local, le vivant reste au centre des pr&eacute;occupations de la part des instances institutionnelles, centr&eacute;es, ainsi, sur la sant&eacute; des citoyens, sur le&nbsp;care, vu comme priorit&eacute; absolue.</p> <p>Dans le sillon du concept de&nbsp;<em>One Health</em>, n&eacute; au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000, selon lequel les int&eacute;r&ecirc;ts de l&rsquo;environnement, de la sant&eacute; humaine, des animaux et des v&eacute;g&eacute;taux sont donc intimement li&eacute;s, une nouvelle forme de d&eacute;mocratie ne peut plus s&eacute;parer les int&eacute;r&ecirc;ts de la biodiversit&eacute; et ceux des humains, en cherchant syst&eacute;matiquement une cohabitation harmonieuse entre l&rsquo;humain et le non-humain. Il n&rsquo;est plus viable de se r&eacute;f&eacute;rer uniquement au rapport co&ucirc;t/b&eacute;n&eacute;fice, m&ecirc;me dans un syst&egrave;me mondialis&eacute;, fond&eacute; sur le n&eacute;olib&eacute;ralisme &agrave; la recherche effr&eacute;n&eacute;e du profit. Prot&eacute;ger les droits de la nature revient &agrave; prot&eacute;ger le vivant, qui est d&rsquo;ailleurs inclus dans le concept m&ecirc;me d&rsquo;&eacute;cosyst&egrave;me viable. Il est crucial donc de proc&eacute;der &agrave; une alphab&eacute;tisation environnementale, &agrave; une&nbsp;&eacute;ducation au civisme,&nbsp;comme strat&eacute;gies n&eacute;cessaires, parmi d&rsquo;autres, &agrave; la construction d&rsquo;un syst&egrave;me v&eacute;ritablement d&eacute;mocratique. S&rsquo;il est vrai que pr&egrave;s de 80 % de l&rsquo;empreinte écologique humaine est le fait de 20 % de la population mondiale (Dartiguepeyrou,&nbsp;2013), seule la cr&eacute;ation d&rsquo;une conscience collective, accompagn&eacute;e de visions politiques communes au niveau des gouvernements, sera capable d&rsquo;&eacute;quilibrer d&eacute;mocratiquement la vie sur notre plan&egrave;te.</p> <p>Ces initiatives qui engagent de nouvelles fa&ccedil;ons de faire monde ne pourront se p&eacute;renniser sans leur institutionnalisation dans des syst&egrave;mes organisationnels int&eacute;grant la port&eacute;e dialectique &agrave; la fois individuelle et sociale de toute transformation structurelle (Morin, 1974). Les indicateurs juridiques conceptualis&eacute;s ici par le Professeur &Eacute;m&eacute;rite en droit de l&#39;environnement Michel Prieur, sous la plume de la juriste et journaliste sp&eacute;cialis&eacute;e en droit de l&rsquo;environnement Ornella Insalaco, questionneront l&rsquo;adaptation effective du droit de l&rsquo;environnement &agrave; un contexte socio-politique mouvant. Aussi, en r&eacute;ponse aux limites de l&rsquo;institutionnalisation des transitions politiques, juridiques et sociales, ce num&eacute;ro de&nbsp;N&ograve;tos&nbsp;se fera l&rsquo;&eacute;cho d&rsquo;initiatives int&eacute;grant le changement au c&oelig;ur des institutions politiques, &eacute;ducatives et juridiques.&nbsp;</p> <p>Par cons&eacute;quent, nous soulignons dans ce nouveau num&eacute;ro le r&ocirc;le politique des &eacute;tablissements d&rsquo;&eacute;ducation, d&rsquo;enseignement et de recherche, avec une vision pragmatiste de la relation &eacute;ducation-soci&eacute;t&eacute; (Dewey, 1990), car ils peuvent r&eacute;pondre aux d&eacute;fis plan&eacute;taires de la crise &eacute;cologique et sociale. Loin de se limiter &agrave; l&rsquo;institutionnalisation seule de nouvelles pratiques d&eacute;mocratiques, nous envisagerons &eacute;galement la remise en cause des paradigmes productivistes, utilitaristes et r&eacute;ductionnistes qui polarisent les mani&egrave;res d&rsquo;&ecirc;tre au monde&nbsp;et les relations&nbsp;entre humains et autres qu&rsquo;humains. Enfin, nous introduirons la n&eacute;cessit&eacute; de l&rsquo;art comme sentinelle et vecteur d&rsquo;utopies cr&eacute;atrices pour de v&eacute;ritables &laquo;&nbsp;politiques &eacute;mancipatrices&nbsp;&raquo; mat&eacute;rielles et sensibles,&nbsp;horizontales&nbsp;et relationnelles, culturelles et spirituelles.&nbsp;</p> <p>&nbsp;</p> <p><strong>Bibliographie</strong></p> <p>Bobbio Norberto, 1984,<em>&nbsp;Il futuro della democrazia</em>, Torino, Einaudi.</p> <p>Canfora Luciano, 2004,&nbsp;<em>La democrazia. Storia di un&#39;ideologia</em>, Bari, Laterza.</p> <p>Dartiguepeyrou Carine, 2013, &laquo; O&ugrave; en sommes-nous de notre conscience &eacute;cologique&nbsp;?&nbsp;&raquo;,&nbsp;<em>Vraiment durable</em>&nbsp;/2, n&deg; 4, p. 15-28, Victoires &eacute;ditions [En ligne] : DOI 10.3917/vdur.004.0015 (consult&eacute; le 25 novembre 2024).</p> <p>Dewey John, 1990,&nbsp;<em>D&eacute;mocratie et &eacute;ducation,</em> Paris, Armand Colin.</p> <p>Fourniau Jean-Michel,&nbsp;Blondiaux Loïc, Bourg Dominique, Cohendet Marie-Anne et Jouanno Chantal (dir.), 2022, <em>La d&eacute;mocratie &eacute;cologique</em>,&nbsp;Paris, Hermann.</p> <p>Gosselin Sophie, g&eacute; Bartoli David, 2022,&nbsp;<em>La Condition terrestre</em>,&nbsp;Paris, Seuil.&nbsp;</p> <p>La R&eacute;daction, 2024, &laquo;&nbsp;Participation et abstention aux &eacute;lections l&eacute;gislatives : quelles &eacute;volutions depuis 2002 ?&nbsp;&raquo;,&nbsp;<em>Vie-publique.fr</em>&nbsp;[En ligne] : URL :&nbsp;<a href="https://www.vie-publique.fr/eclairage/294715-participation-et-abstention-aux-elections-legislatives-depuis-2002">https://www.vie-publique.fr/eclairage/294715-participation-et-abstention-aux-elections-legislatives-depuis-2002</a>&nbsp;(consult&eacute; le 25 novembre 2024).</p> <p>Lange Jean-Marc, 2017, &laquo;&nbsp;&Eacute;ducation a-disciplinaires, entre&nbsp;récits et pratiques : un paradoxe didactique ? Le cas de l&rsquo;éducation au développement durable&nbsp;&raquo;,&nbsp;<em>Open sciences, International sciences and technical edition</em>, vol 17-1.</p> <p>Latour Bruno, 2017,&nbsp;<em>O&ugrave; atterrir&nbsp;?</em>,&nbsp;Paris, La D&eacute;couverte.</p> <p>Morin Edgar, 1974, &laquo;&nbsp;La nature de la soci&eacute;t&eacute;&nbsp;&raquo;,&nbsp;<em>Communications</em>, vol. 22, p. 3-32.</p> <p>Slimani, Melki, Angela Barthes, et Jean-Marc Lange, 2020, &laquo; Les questions environnementales au miroir de l&#39;&eacute;v&eacute;nement Anthropoc&egrave;ne : tendance politique et h&eacute;t&eacute;rotopie &eacute;ducative &raquo;,&nbsp;<em>Le T&eacute;l&eacute;maque</em>, vol. 58, no. 2, pp. 75-88.</p> <p><em>The Economist Intelligence Unit</em>, &laquo;&nbsp;EIU report Democracy Index 2023&nbsp;&raquo;&nbsp;[En ligne]&nbsp;:&nbsp;<a href="https://services.eiu.com/campaigns/democracy-index-2023/">https://services.eiu.com/campaigns/democracy-index-2023/</a>&nbsp;(consult&eacute; le 25 novembre 2024).</p>

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